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L’après voyage : UPDATE

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J’ai écrit ici pour la dernière fois il y a à peine un an et pourtant j’ai l’impression que c’était dans une autre vie. La grossesse, l’arrivée de Lison, la Covid, l’interdiction de sortir, de voyager, de voir ses proches, de respirer. Quand je regarde les anciens articles et notre vie d’avant, j’ai l’impression que ça se passe dans un autre monde. Pour autant, je garde espoir de pouvoir repartir à l’aventure avec ma fille et de lui faire découvrir le monde, ce temps me paraît juste encore à des années-lumière de là.

ANYWAY.

Un an après je vous écris parce que tout a changé. Les nomades ne le sont plus, nous sommes devenus, par la force des choses et comme le reste du monde, des sédentaires “contrariés”.

Et une petite tornade est arrivée dans nos vies. Aussi.

La tornade Lison

La plus belle des tornades, qu’on se le dise. Son arrivée a complètement bouleversé nos vies, notre quotidien, notre équilibre et nos perspectives. Une révolution complète de notre petit monde.

La fin de ma grossesse s’est déroulée pendant le premier confinement, dans la psychose générale la plus totale et un climat anxiogène à souhait. Chaque jour, je me faisais violence pour réussir à me mettre dans ma bulle, et me concentrer sur l’essentiel : cette vie qui grandissait en moi. Mais très vite, à force de rester enfermée, j’ai fini, par faire une véritable obsession de l’accouchement en fin de grossesse. Mon esprit ne pouvait plus penser à autre chose, je voulais tout savoir sur l’accouchement physiologique et j’avais des crises de panique quand je pensais qu’un bébé allait sortir de mon corps. J’avais besoin de comprendre comment ce processus était physiologiquement possible, et je passais donc le plus clair de mon temps à potasser des ouvrages sur le sujet pour tenter d’apaiser mes craintes et me rassurer sur mon pouvoir d’enfanter.

J’étais livrée à moi-même depuis plusieurs semaines, je ne pouvais compter que sur moi (et sur Ben). Le suivi médical était interrompu, les cours de préparation à l’accouchement annulés. Je me sentais seule, complètement seule et je m’apprêtais à vivre l’événement le plus important de toute ma vie. Même les choses les plus simples comme aller voir la mer à deux pas de la maison ou sortir prendre un café pour penser à autre chose était infaisable. Isolée de ma famille et de mes proches, j’ai expérimenté à ce moment un profond sentiment de solitude comme jamais auparavant. Le monde que je connaissais n’existait plus, et on ne savait pas de quoi serait fait demain. Le sentiment d’insécurité était total, l’incertitude à son apogée. Pour moi, et surtout pour ce petit être qui allait naître au beau milieu de ce champ de bataille.

Et puis cet appel, qui a fini de m’achever. L’annonce des papas interdits dans les maternités. C’était trop, beaucoup trop à supporter pour une femme enceinte de huit mois de son premier enfant privée de sortie et de soutien depuis des mois. L’hypersensible que je suis a tout vécu très, trop fort, et le contexte inédit et les hormones de grossesse n’ont pas spécialement aidé. J’ai fini par trouver un moyen de me sécuriser en décidant d’accoucher à la maison et en rencontrant une sage femme (une bonne fée devrais-je dire) qui acceptait de m’accompagner dans ma démarche. Ce fut la bouffée d’oxygène qui m’a permis de me relever, le soulagement ultime qui a su apaiser tous mes maux. Ma lueur d’espoir dans ce néant, mon échappatoire.

Jusqu’à ce que le sort en décide autrement et qu’on me déclenche mon accouchement à huit mois et demi pour cause de pré-éclampsie. En une fraction de seconde, l’accouchement naturel tant rêvé et imaginé s’était envolé. Mais ça, c’est une autre histoire.

À notre retour à la maison, on a dû apprendre à être parents, seuls. Totalement seuls. Lison n’a pas pu rencontrer sa famille, et le soutien et l’affection nous ont cruellement manqué durant cette période. Nous avions aussi envie de partager cette joie ultime avec nos proches, et de nous sentir parents à travers leurs yeux à eux. Mais encore une fois, on a du faire le deuil de cette rencontre idéalisée pour aborder les choses d’une tout autre manière.

Les trois premiers mois, nous n’avions le temps de rien, nos corps étaient proches de l’épuisement mais nous nous sentions comblés comme jamais. Être parents a été une évidence, pour Ben comme pour moi. Bien-sûr nous n’y connaissions rien, nous n’avions anticipé ni les coliques, ni les difficultés de l’allaitement, ni les douleurs et courbatures du portage, et encore moins les longues heures à calmer les pleurs en pleine nuit. Mais on faisait tout ça avec un naturel déconcertant, avec fluidité, bienveillance, amour et sérénité. Et puis à un moment, cette petite bulle de bonheur s’est doucement fissurée. Quand exactement, je ne saurais le dire. Jusqu’au jour où la bulle… a explosé.

Submergée. Emportée. Noyée.

J’ai toujours cru que les dépressions post-partum avaient lieu directement après l’accouchement. Je n’avais jamais envisagé qu’elles pouvaient se produire à retardement. Je n’avais d’ailleurs pas envisagé que ça pouvait m’arriver du tout. Encore aujourd’hui, je préfère parler de burn out parental que d’utiliser le terme de dépression. Et pourtant.

De mois en mois, je tirais sur la corde. Notre société de communication digitale avait besoin de moi, je savais qu’être entrepreneuse signifiait de prendre ses responsabilités, et d’avoir un poids sur les épaules à porter. Alors après mon congé maternité, j’ai repris le travail. J’aurais pu m’accorder plus de temps, mais j’en avais envie, besoin surtout. Je voulais reconnecter avec une part de moi-même qui me manquait, et que j’avais peur, au fond, de laisser s’échapper. Mais c’est à partir de ce moment que l’épuisement est arrivé.

À cinq mois, je me levais encore trois à quatre fois par nuit pour allaiter mon petit bébé. Le cododo me facilitait la vie, mais le manque de sommeil commençait à devenir pathologique. En six mois, je n’avais pas dormi plus de trois heures consécutives. On gardait bébé à la maison tout en faisant tourner notre entreprise, on se relayait pour s’en occuper et pour travailler. On gérait les rendez-vous téléphoniques en porte-bébé, on apprenait à manger d’une main, voire à ne pas manger du tout. Le soir, nous étions tellement épuisés et rongés par les pleurs du soir (bien plus violentes que celles de la journée) qu’on ne prenait parfois même plus la peine de manger. La boule au ventre de voir le jour tomber, savoir déjà comment ce petit enfer va se dérouler. Finir par nous aussi pleurer, se relayer pour ne pas perdre pied, mordre ses poings jusqu’au sang pour ne pas hurler. Et puis le lendemain, tout recommencer.

Nous avons expérimenté la douleur de ne pas pouvoir calmer les pleurs incessants de notre bébé. Pendant des mois, de longs mois. Un mélange de coliques, de RGO, d’intolérance alimentaire et d’hypersensibilité émotionnelle la rendait constamment sur le fil. C’est qu’elle ressemble à sa maman cette petite. L’impossibilité de la coucher ou de la poser, les hurlements incessants, l’errance médicale, l’abandon de certains pédiatres ou de notre entourage qui ne comprenait pas notre détresse. ” C’est un bébé, bien sûr que ça pleure, c’est normal !” Non. Pas 20h sur 24. Pas de cette intensité-là. Pas comme ça.

C’est quand ma mère à rencontré Lison pour la première fois et qu’elle-même, après deux enfants et deux petits enfants m’a dit “qu’elle n’avait jamais vu ça” que j’ai enfin compris qu’on vivait vraiment quelque chose de difficilement surmontable, et pas ce qu’on peut qualifier de “normal”.

Et puis bien-sûr, ces fameuses circonstances de l’accouchement qui ont fini par m’exploser en plein visage, comme une bombe à retardement. Alors que je croyais avoir fait la paix avec tout ça puisque l’important était dans mes bras. J’avais juste tout enfoui, rien réglé du tout. Le deuil que j’avais à faire d’un accouchement naturel et physiologique tant idéalisé était loin d’être achevé. Le “kidnapping” dont j’ai fait l’objet, les violences verbales, l’acharnement thérapeutique et la solitude éprouvée étaient toujours bien coincés, juste là, en travers de ma gorge.

À la charge de travail, s’est ajoutée la charge mentale, les tâches quotidiennes et les soins de bébé, que je faisais passer avant tout. Avant moi, surtout.

Jusqu’au jour où, sans m’en apercevoir, j’étais au fond du gouffre. Psychologiquement, déjà, et physiquement aussi puisque j’ai déclaré une hyperthyroïdie de Basedow après l’accouchement, qui s’est empiré au fil des mois jusqu’à devenir invalidante dans mon quotidien et dangereuse pour ma vie. De nature assez forte, je m’étonnais de visiter les tréfonds de mon âme et de ne pas pouvoir en émerger. Je n’avais pas ma force habituelle, je n’avais plus la force de rien à vrai dire. J’étais à terre, littéralement. C’est un sentiment qu’on ne peut comprendre que si on l’a expérimenté, tellement puissant, il vous happe vers le fond même quand vous essayez de vous relever.

L’isolement avait fait des ravages. Il fallait maintenant prendre le temps de se reconstruire, pour pouvoir espérer remonter un jour à la surface. Pour moi. Pour elle, surtout.

Nourrir son Yin

En médecine chinoise, il est dit qu’une hyperthyroïdie est un vide de Yin, et un excès de Yang. Le Yang, c’est la lumière, l’action, la force et la chaleur alors que le Yin représente l’intuition, la lune, la féminité, la nuit.

C’était clair et limpide. Ce que j’avais vécu pendant ces derniers mois avait fini par créer un état pathologique, je devais ralentir, et nourrir mon Yin pour retrouver cet équilibre entre le jour et la nuit, le feu et l’eau, le soleil et la lune. Plutôt que de suivre les conseils de mon médecin et de prendre un traitement, j’ai décidé d’écouter mon corps et de vivre pleinement mes symptômes. Si mon coeur battait très vite, c’était pour me dire de ralentir. Si je me sentais épuisée, c’était pour que je prenne conscience qu’il fallait me reposer. Si j’étais nerveusement à bout, constamment sur le fil, c’était pour me pousser à prendre du temps pour moi et me retrouver.

Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai ralenti, remis des choses à plus tard, pris soin de moi à tous les niveaux. Je me suis rappelé qu’avant tout, ce dont Lison avait besoin, c’est d’une maman en bonne santé, pas d’une maman parfaite. J’ai donc appris à déléguer, à demander de l’aide, à vivre le moment présent et en pleine conscience. À apprécier les petits bonheurs, et me délester de toute cette pression inutile pour revenir à l’essentiel, l’essence même de la vie. À prendre du plaisir dans tout, me laisser guider par ma joie. Envoyer valser la perfection, n’écouter que moi, ne se soucier que de nous.

J’ai tout réappris.

Petit à petit je reprends le dessus, et la vie elle, reprend son cours. Je me soigne à ma manière, et même si j’ai encore des choses à régler, je vais mieux. J’ai trouvé un équilibre, un rythme, une osmose. Et l’amour de ma fille et celui que je lui porte m’ont permis de me relever, de tout surmonter. J’ai retrouvé foi en l’avenir, et j’ai de la force pour mille. Une rage de vivre, de faire entendre ma voix, et de libérer celle des autres.

Mais ça, c’est aussi une autre histoire.

Je vous embrasse, on se reparle très vite.

Promis.

Mélanie

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2 comments

  1. Un article à cœur ouvert et très touchant… Tu es (et tu as été cette année) une femme très forte ! Bravo pour cette jolie merveille que tu as mis au monde, dans un contexte plus que compliqué. Vous avez maintenant votre famille, votre bébé, et c’est ça le plus important. Cette année 2020 nous aura appris à nous recentrer sur l’essentiel, et de prendre soin de soi surtout. Hâte maintenant de découvrir la suite de vos aventures !

  2. Poignant de réalité, on devrait en parler aux mères avant qu’elles accouchent, les préparation à l’accouchement ne sont pas suffisants, il faudrait des cours de préparation à la maternité. Merci Mélanie de nous avoir ouvert ton cœur.